Alesis ADAT

Verdict

Qualité sonore : 87% - 1 Votes
Ergonomie : 73% - 1 Votes
Rapport Qualité / Prix : 65% - 1 Votes

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Janvier 1991, NAMM d’Anaheim. Alesis fait rage en présentant la face avant d’un huit pistes numérique particulièrement attractif financièrement. Aujourd’hui, notre attention est récompensée : l’ADAT est là, en chair et en os, devant nos oreilles abasourdies.

Pour Alesis, autant dire que l’enjeu était de taille. D’accord, la compagnie américaine a toujours convaincu et séduit par une politique de produits de qualité à bon marché. Mais de là à investir près de deux ans d’efforts dans un projet à ce point ambitieux, sans avoir la carrure d’une multinationale… Un quitte ou double osé qui explique sans doute les quelques six mois de retard pris par l’ADAT (Alesis Digital Audio Tape), qui, si l’on s’en réfère aux prévisions initiales, devait sortir au début de cette année. Le prix à payer ? Il me semble l’avoir mentionné quelque part au cours de cet article…

Une forte tête

A l’image des pionniers de l’enregistrement numérique, les PCM Sony au départ, puis plus récemment du DAT, ou des multipistes Akai (A-DAM) et Yamaha (DMR-U/DRU-S), l’ADAT exploite une mécanique rotative conçue sur mesure, à base d’un tambour à quatre têtes. Plus robuste que sa grande soeur la VHS, c’est la cassette S-VHS (Super Video Home System), qu’Alesis a retenue. Un support peu coûteux, facile à trouver, grâce auquel la société a réalisé de substantielles économies. Adieu les lourdes recherches inhérentes à la fabrication d’une bande sur mesure. La vitesse de lecture est environ trois fois supérieure à celle d’un magnétoscope : 40 minutes d’autonomie avec une cassette S-120, qui, pour information, stocke 1,8 Gigabytes.

De bonnes références

L’enregistrement s’opère en 16 bits linéaire, à 48 kHz. En sortie, les convertisseurs sont capables de travailler entre 40.4 t 50.8 kHz, varispeed oblige (-3/+1 demi-ton). Par ailleurs, l’ADAT ne « multiplexe » pas. Il comporte 8 convertisseurs en entrée et tout autant en sortie. Un gage de qualité évident.

Théoriquement, une fois la machine sous tension, il convient tout d’abord de formater la cassette du début à la fin. Au cours de cette opération, quinze secondes d’amorce suivies de deux minutes de données sont inscrites en début de bande, avant qu’elle ne soit « temporellement référencée », avec une extrême précision (à l’échantillon près). C’est à partir de cette référence que le LCD affiche le temps écoulé en minutes et secondes.

Une idée lumineuse et urgente sans cassette formatée ? Pas de panique : le formatage n’empêche pas d’enregistrer de l’audio parallèlement, à condition de sélectionner préalablement les pistes à enregistrer (qu’on ne pourra plus « désélectionner » avant la fin du formatage). Rien n’empêche non plus d’arrêter le formatage pour le poursuivre ultérieurement, ni de reformater une cassette déjà formatée, à partir de n’importe quel point, à condition d’aller jusqu’au bout de la bande sans s’interrompre (toutes les pistes sont alors effacées à partir dudit point).

Extension

Outre l’affichage du temps absolu au compteur (que l’on peut basculer en relatif, c’est-à-dire réinitialiser à zéro, pour revenir à tout moment en absolu si nécessaire), le formatage sert à synchroniser entre elles plusieurs machines. Pour ce faire : connectez la prise « sync out » du premier ADAT à la prise « sync in » du second, la prise « sync out » de ce dernier à la prise « sync in » du troisième, et ainsi de suite jusqu’à un maximum de seize machines. Soit un total de 128 pistes ! Ce concept modulaire permet à l’utilisateur de « grossir » au fur et à mesure des besoins.

Toute commande exécutée sur le maître (à l’exception des switches de sélection de piste, format et digital in) est répercutée à tous les esclaves. Un procédé de synchronisation excessivement simple à mettre en oeuvre, qui par ailleurs ne monopolise aucune des huit pistes. Le temps mis par les machines pour se « locker » n’excède généralement pas les deux secondes. Bien entendu, tant qu’elles ne sont pas parfaitement calées, aucun signal n’est lu ou enregistré.

Moyens de transport

Quatre minutes après avoir stoppé l'ADAT, la bande, pour éviter usure et tensions, passe du mode « engagé » (collée aux têtes) au mode désengagé (décollée). En dehors de cette temporisation, dont la durée n’est malheureusement pas programmable, une fois le magnétophone à l’arrêt, chaque pression sur la touche stop le fait changer de mode (engagé : LED fixe, désengagé : LED clignotante). Seul le mode engagé autorise les fonctions cue et preview (écoute avant/arrière trois fois plus rapide qu’en lecture, nécessitant de maintenir la touche play enfoncée en appuyant sur fast forward et rewind), sachant qu’il limite l’avance et le retour rapide (dix fois la vitesse nominale, contre vingt en mode désengagé).

Quelques détails en vrac pour finir avec le transport : la possibilité, en appuyant sur la touche play lors d’un défilement rapide à destination de l’un des trois locators, de faire automatiquement commuter l’ADAT en lecture une fois ce point atteint, le silence fort appréciable de la machine (dixit Sophie Morizet, voir encadré), le fait que les locators 1/2 ne se réfèrent qu’au temps absolu (aucune influence d’une remise à zéro du compteur), la mémorisation de l’état de la machine à la mise hors tension (locators, switches…), etc.

Enfin, une petite télécommande fournie avec l’appareil, la LRC (Little Remote Control) duplique les commandes de transport et les switches (à l’exception du varispeed, du formatage et de l’entrée numérique). Dommage que ces différents boutons soient dépourvus de LED, ce qui contraint parfois à regarder l’ADAT pour vérifier l’état de telle ou telle fonction.

FACE AVANT

Côté gauche, le bouton d'alimentation jouxte huit switches de sélection de piste (record enable). Au dessus de chacun d'eux, une LED rouge reflète le statut de la piste (éteinte : en lecture, clignotante : prête à enregistrer, fixe : en cours d'enregistrement), tandis qu'une seconde, verte, indique si le signal « monitor » provient de l'entrée (allumée) ou de la bande (éteinte). Les niveaux sont affichés sur 15 LED, de -60 à 0 dB.

A droite, entre le système d'introduction frontal de la cassette (équivalent à celui d'un magnétoscope) et les touches de transport (avance et retour rapide, arrêt, lecture, enregistrement, éjection), de part et d'autre d'un LCD, se répartissent douze switches. Dans les touches de transport et dans les huit derniers de ces switches (d'après l'ordre de la description suivante) sont incrustées des LED : allumées lorsque la fonction correspondante est validée, éteintes dans le cas contraire.

Six de ces douze switches ont trait à la lecture : locate 0/1/2, set locate (à maintenir pressé en appuyant sur locate 1 ou 2 pour fixer à la volée les points correspondants), auto 2 > 1 (boucle entre les locators 1 et 2) et auto play (passage en lecture après appui sur locate 0, 1 ou 2, et atteinte du point en question). Des six autres switches, deux sont dédiés au varispeed (-300/+ 100 cents, retour à vitesse nominale par pression simultanée des deux boutons), deux au monitoring (auto input, all input), un au formatage et le dernier à l'entrée numérique.

 

A l’écoute

Pour enregistrer, il convient de sélectionner les pistes adéquates (impossibles à « désélectionner » une fois l’ADAT en mode d’enregistrement), puis de maintenir la touche record pressée tout en appuyant sur play (ou l’inverse, pour « puncher »). La même manoeuvre (play + record, record + play, mais aussi play + stop) fait office de punch-out. Pour adoucir les drops, l’ADAT « crossfade » sur de courtes périodes (approximativement 10 millisecondes).
Nul besoin de raccorder huit entrées pour enregistrer huit pistes. Lorsque seulement deux jacks sont branchés aux prises 1 et 2, les signaux y parvenant se dirigent respectivement vers les pistes impaires (1/3/5/7) et paires (2/4/6/8). De même, lorsque seulement quatre jacks sont branchés aux prises 1,2,3 et 4, les signaux se dirigent respectivement vers les pistes 1/5, 2/6, 3/7 et 4/8. Particulièrement pratique pour travailler avec de petites consoles disposant de deux ou quatre sous-groupes.

Le monitoring comporte trois options. Avec la première, auto input off, les pistes prêtes à enregistrer (record enable) répercutent le signal d’entrée dans tous les cas. Avec la seconde, auto input on, elles répercutent le signal d’entrée en enregistrement et le signal de bande en lecture. Enfin, avec la troisième, all input monitoring, toutes les pistes répercutent le signal d’entrée, quel que soit leur statut.

Propre à Alesis, le système de détection et de correction d’erreurs fait clignoter un point sur la droite du LCD lorsque les données, trop altérées, sont en passe de devenir illisibles. La solution consiste alors à effectuer une copie de sauvegarde sur un autre ADAT (nul ne doute que les « bon » revendeur offriront ce service), en se servant de la liaison optique, qui véhicule les huit pistes d’un coup, à un format développé par la marque.

FACE ARRIÈRE

Les entrées et sorties analogiques existent en version asymétrique - 10 dB (jacks 6.35) et symétrique + 4 dB (connecteur Elco 56 broches). Suivent un premier jack pour la LRC et/ou une pédale « locate/play », un second pour une pédale « punch-in/out », deux connecteurs 9 broches pour la synchro (In et Out), un autre pour raccordement d'une unité de VU-mètres externe, ainsi que deux prises optiques digitales (In et Out).

Au fait, l’alimentation reconnaît n’importe quelle tension comprise entre 90 et 250 volts, 50 ou 60 Hz, ce qui facilitera grandement les déplacements à l’étranger…

 

Un air de famille

Cet article sur l’ADAT n’est en réalité qu’une première partie, puisque le reste de la famille arrive dans les semaines à venir. Par ordre croissant d’intérêt, nous attendons l’AI-2 (interface au protocole ES Bus pour communication avec le monde vidéo). Le RMB (Remote Meter Bridge : affichage des niveaux d’un maximum de trente-deux pistes, soit de quatre ADAT), l’AI-1 (interface numérique AES/EBU et S/PDIF autorisant la communication de deux des huit pistes avec l’extérieur, d’où une conversion de fréquence 48/44,1 kHz, cela va de soi), mais avant tout la BRC (Big Remote Control).

Cette incroyable télécommande rajoute à l’environnement ADAT une avalanche de fonctions, à commencer par des choses sobres mais indispensables, tel le punch-in/out entre deux locators, la saisie numérique de leurs valeurs, jusqu’à des possibilités d’édition démoniaques (copie en numérique direct d’une piste vers une autre, d’une position vers l’autre, d’un ADAT à un autre), sans parler de la synchronisation (SMPTE, MTC, horloges MIDI). Mais n’anticipons pas. La suite au prochain épisode.

J’allais en oublier les prix, toutes taxes comprises, généralement constatés au 1/10/92 : 4 560 € (ADAT), 2 275 € (BRC), 1 016 € (AI-1), 1 140 € (AI-2), 1 140 € (RMB) et 30 € (cassette S-VHS Ampex vendue par Alesis).

Ce premier huit pistes numérique réellement démocratique semble tenir ses promesses et n’avoir pas grand-chose à envier à ses aînés. Quelques mois d’exploitation confirmeront ces dires. D’ici là, nous aurons donc, je l’espère, publié le second épisode de ce banc d’essai. Nous en profiterons pour examiner en détail les diverses applications de l’environnement ADAT. Quoi qu’il en soit, à dater d’aujourd’hui, le multipiste numérique pour tous est une réalité tangible…

EN SITUATION

Rien de tel pour éprouver l'ADAT que de lui faire prendre l'air d'un studio haut de gamme. C'est ainsi qu'Alain Etchart et moi-même nous sommes retrouvés à Ferber (voir Mon Studio KB 29), accueillis par Sophia Morizet et René Ameline, tenanciers des lieux (à qui nous adressons d'ailleurs nos plus vifs remerciements), accompagnés d'Alain Pype et de Patrick Bataillard, ingénieurs free lance.

En guise d'échauffement, nous partons d'un même signal stéréo, enregistré à la fois sur les pistes 1/2 d'un premier ADAT, et sur les pistes 5/6 d'un second, synchronisé au premier. Les deux machines sont en lecture, quatre des tranches correspondantes de la console, ouvertes. Même en « varispeedant » comme des furieux, les deux signaux stéréo n'en forment qu'un. Tellement imperceptible, le déphasage provoque tout au plus une légère atténuation des hautes fréquences. Comment l'avons-nous décelé ? D'occasionnels « mutes» de deux des quatre voies rehaussent le niveau des aigus. Ne poussez donc pas le vice jusqu'à enregistrer une prise stéréo « à cheval » sur deux ADAT. Il n'empêche que la synchro - au sample près selon Alesis -, est d'une étonnante précision.

Sophia programme un drum kit sur son S-770 (un pied caverneux à souhait, quelques charleys bien ciselés, une caisse claire truffée de transitoires, une ou deux cymbales). Pendant ce temps, Alain massacre frénétiquement les touches d'un KX76, enregistre sur Cubase Mac quelques patterns bourrés de nuances dynamiques. Un code SMPTE est ensuite couché sur la piste 8 de l'ADAT, pour être dirigé vers Cubase afin d'asservir la séquence pour l'enregistrer sur trois pistes : pied sur la première, caisse claire sur une seconde, charleys et cymbales sur une troisième. Six tranches de console sont alors requises pour la suite de notre petite expérience (trois pour les pistes enregistrées, trois autres pour les sons directs issus du sampler), au cours de laquelle nous comparons le fruit de nos enregistrements à la séquence pilotée par le code. Verdict de douze oreilles réunies : un son béton, d'une fidélité digne de ce nom.

Certaines mauvaises langues n'affirment-elles pas que les drops sont parmi les points faibles des magnétophones numériques à têtes rotatives ? Voyons donc cela de plus près, à l'aide des mêmes ingrédients que précédemment : les trois pistes de drums, doublées par la séquence asservie au code SMPTE. Sur une boucle d'une trentaine de secondes, nous droppons comme des sauvages, à raison d'une bonne vingtaine de punchs à chaque passage dans la boucle, jusqu'à avoir des crampes à force de presser les touches. Là encore, le comportement de l'ADAT est irréprochable. Lassés par tant de qualités, nous décidons de nous restaurer les tissus, non sans avoir pris soin de faire boucler le magnétophone en lecture sur une période de cinq secondes.

Deux bonnes heures plus tard, non seulement l'Alesis n'avait pas implosé, mais aucune différence ne s'entendait entre la portion bouclée et le reste de la bande.

Conclusion, les performances de l'ADAT sont à la hauteur des espérances. Reste à attendre des nouvelles de son comportement à l'usage : comment les bandes réagiront-elles dans de véritables conditions d'exploitation (au bout d'une semaine de travail intensif sur un même titre, de trois mois de conservation, etc). Seul l'avenir nous le dira…

 

Les plus : l'audio, la synchronisation, l'aspect modulaire… le prix !

Les moins : certaines fonctions, implémentées sur la BRC, auraient été les bienvenues sur l’ADAT (punch-in/out entre deux locators, saisie numérique de leurs valeurs…).

FICHE TECHNIQUE
Type : magnétophone huit pistes numérique
Support : cassette S-VHS
Durée d'enregistrement : 40 minutes (cassette S-120)
Résolution : 16 bits linéaire
Fréquence d'échantillonnage : 48 kHz (vitesse nominale) - 40.4 - 50.8 kHz (varispeed)
Convertisseurs A/D : 1 par canal, 16 bits, delta-sigma, oversampling x 64
Convertisseurs D/A : 1 par canal, 18 bits
Bande passante : 20 - 20 000 Hz +/- 0.5 dB
Distorsion : 0.009 %
Diaphonie : < 90 dB à 1 kHz
Dynamique : 92 dB
Cue/review : vitesse nominale x 3
Avance/retour rapide : vitesse nominale x 10 (bande « engagée »), vitesse nominale x 20 (bande « désengagée»)
Varispeed : - 300/+ 100 cents
Locators : 3 (boucle 1/2)
Entrées/sorties analogiques :
   asymétriques - 10 dB (jack 6.35)
   symétriques + 4 dB (ELCO 56 broches)
Entrées/sorties numériques : connecteur optique (8 canaux format ADAT), AES/EBU en option (AI-1)
Synchronisation : prises sync in/out (format Alesis)
Dimensions: 127 x 483 x 356 (rack 3U)
Poids : 6,8 Kg
Accessoires fournis : télécommande LRC

 Test réalisé par Christian Braut en octobre 1992 (Keyboards Home Studio n°3)

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