Akai S2000

Tests

Qualité sonore : 79% - 2 Votes
Ergonomie : 73% - 2 Votes
Rapport Qualité / Prix : 81% - 2 Votes

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A sa sortie, début 1993, l'échantillonneur S3000 Akai frôlait la barre des 3 700 €. Deux ans et demi plus tard, le S2000 en reprend les principales caractéristiques pour à peine plus de trois fois moins ! Non content de ce tour de force, le géant japonais du sampler profite de l'occasion pour "recarosser" les S3000 et S3200, qui deviennent les S3000XL et S3200XL...

Ordinateurs, synthétiseurs, appareils audionumériques... : dans tous les domaines où sévissent les technologies informatiques au sens large, on s'est accoutumé depuis près d'une décennie, à avoir toujours mieux pour toujours moins cher. Ainsi, l'émerveillement de celui que la presse spécialisée n'avait pas encore estampillé 'home studiste', face aux machines de la première moitié des années quatre-vingt (un Commodore 64, un MSX, un DX7, un Mirage...), a fait place à une attitude plus ou moins blasée.

Ceci dit, alors que les évolutions ont fait place aux révolutions, il nous arrive encore, à l'occasion, de nous laisser surprendre par tel ou tel produit : la sortie d'un ADAT, d'une ProMix 01... ou encore d'un S2000 qui, avec ses trente-deux voies de polyphonie, son architecture similaire à celle des modèles de la série 3000, son côté modulaire et évolutif, son logiciel d'édition, ceci pour 1 187 € TTC, risque d'en laisser plus d'un pantois...

Allégé

Lorsqu'il estime qu'un produit est amorti, qu'il se vend moins bien qu'à sa sortie, que la concurrence pourrait bien finir par lui porter préjudice, ou pour ces trois raisons à la fois, il n'est pas rare qu'un constructeur le décline en une version allégée, plus compétitive. Une stratégie testée et éprouvée, qu'a adopté Akai avec le S2000, sorte de S3000 "light". Reste à savoir, en dépit des nombreux points communs entre ces deux échantillonneurs, en quoi le petit dernier de la gamme a subi une cure d'amaigrissement.

D'extérieur, le S2000 se présente sous forme d'un rack 2U. La première chose qui frappe est l'absence d'afficheur graphique 240 x 640 points, auquel se substitue un vulgaire LCD 2 x 16 caractères. Pour compenser, Akai a d'une part développé un logiciel d'édition sur Macintosh, le MESA (cf. encadré ci-dessous), et de l'autre, soigné la "navigation".

Concrètement, après avoir sélectionné l'un des huit modes (Single, Multi, Sample, Effects, Edit - qui fonctionne en conjonction avec les quatre modes précédents -, Global, Save, Load), on se déplacera, soit de page en page, par le biais des touches Page Up & Page Down, soit de groupes de pages en groupes de pages, par le biais des touches Group Up & Group Down. Ces groupes consistent en des regroupements logiques de pages (toutes celles ayant trait au filtre, à l'enveloppe...), ce qui évitera de devoir appuyer vingt fois sur la touche Page Up pour accéder au paramètre désiré. Par ailleurs, lorsque plusieurs paramètres se partagent la même page, on passera de l'un à l'autre d'une simple pression sur les touches F1 & F2.

Autre trouvaille et non des moindres : la double molette Data/Select. A la manière d'un "shuttle", la molette extérieure, Select, se déplace vers la gauche ou vers la droite (de 10h30 à 2h30),pour revenir automatiquement en position centrale une fois relâchée (un peu comme un pitch bend...). Tant qu'on maintient cette molette en position déplacée, on fait défiler des valeurs dans un sens ou dans l'autre : sélection d'un Keygroup (en édition de programme), d'une Part (en mode Multi), passage des unités aux dizaines, aux centaines, aux milliers... (lors de l'édition d'une valeur exprimée en nombre d'échantillons), etc. Quant à la molette'intérieure', Data, elle sert essentiellement à éditer une valeur, mais aussi à faire défiler les Programs en mode Multi, etc.
Connectique
La face arrière de l'appareil brille par sa sobriété : prises MIDI (in, out, thru), sorties stéréo (deux jacks, potentiomètre de volume à l'avant) et port SCSI 25 broches. Pour d'évidentes raisons pratiques, trois autres connecteurs ont élu domicile en face avant, à savoir les entrées sampling (deux jacks, surmontés de leur réglage de niveau) et la sortie casque.

Sauf à acquérir la carte d'effets optionnelle (l'EB16, dont nous deviserons sous peu), et à ne pas avoir besoin d'égaliser, les deux sorties stéréo s'avèreront certainement un peu justes en regard de la polyphonie de l'appareil. D'où la possibilité d'investir 590 € TTC dans l'IB-208P : une carte composée de huit sorties séparées et d'une entrée/sortie numérique AES/EBU - S/PDIF (prises cinch).

Mémoire

Le S2000 est livré avec seulement 2 Mo de RAM, ce qui, toujours en regard du nombre de la polyphonie, semble sous-dimensionné. Sauf à n'utiliser le sampler que pour jouer du charley, du rimshot ou de la sinusoïde, qui donc décemment, pourrait s'en contenter ?

Or, outre ces 2 Mo, soudées à même la carte, on découvre deux emplacements fin prêts à accueillir des barrettes SIMM (72 broches, 70 nanosecondes), en versions 2, 4 ou 16 Mo. Il n'est pas obligatoire d'en installer une paire (les célibataires sont acceptées), ni même, si tel était le cas, d'en mettre deux de même capacité (on tolère également le panachage). Ces barrettes viennent donc s'ajouter aux 2 Mo de RAM d'origine, mais dans la limite des 32 Mo - capacité maximum que peut "adresser" l'appareil. En d'autres termes, une barrette de 4 plus une barrette de 16 portera la mémoire à 22 Mo, là où deux barrettes de 16 ne la porteront qu'à 32 Mo.

Mis à part cette RAM tout à fait banale, le S2000 peut se voir adjoindre 8 ou 16 Mo de Flash ROM (répertoriée par Akai sous la référence FMX008), qui permettront d'y stocker ses sons préférés, sans qu'iceux ne s'évanouissent dans la nature à l'extinction de la machine. Un grand moment, assurément...

En espérant que l'on puisse également y stocker le système d'exploitation, qui ne réside malheureusement plus sur EPROM (Electrically Programmable Read Only Memory, en anglais dans le texte), mais se charge à partir d'une disquette. Un point sur lequel nous irons sans ambages jusqu'à critiquer Akai, qui honnêtement, malgré un évident souci d'économie, aurait pu se fendre d'une EPROM...

Disquette, disques durs & Cie

Equipé d'un lecteur de disquettes haute densité (1,44 Mo), le S2000 est, nous l'avons dit, muni d'une prise SCSI. On y raccordera des disques durs fixes et amovibles, des disques optiques, des lecteurs de CD-ROM, mais aussi, éventuellement, un ordinateur (le Macintosh sur lequel 'tourne' le logiciel d'édition MESA, par exemple).

A ce sujet, l'absence d'un second port SCSI ne facilitera pas la vie du quidam ayant investi dans plusieurs S2000, et souhaitant tous les éditer depuis son Mac. Seule solution : ôter la terminaison interne et se procurer un adaptateur à deux ports SCSI.

Pour en revenir à nos moutons, l'appareil organise les mémoires de masse en partitions capables d'accueillir jusqu'à 128 volumes, chacun comportant un maximum de 510 éléments (Samples, Programs, Multis...). Nous ne nous appesantirons pas sur les fonctions de gestion des disques qui, du chargement / sauvegarde d'un simple échantillon à celui de tout un volume, en passant par un Program et Samples associés, sont particulièrement exhaustifs. Enfin, à condition de disposer de la fameuse carte d'entrées / sorties (IB-208P), on aura la possibilité de 'backuper' sur DAT, via les prises S/PDIF, soit le contenu de la RAM, soit celui de la mémoire de masse.

Compatibilité

Soucieux de ne pas perdre tous leurs sons à chaque changement d'échantillonneur, ou tout simplement désireux de récupérer un maximum de matière, beaucoup d'entre vous doivent s'interroger sur la compatibilité du S2000. Apprenez donc, pour rester dans la famille, qu'il lit tout ce qui provient de ses prédécesseurs les S900, 950, 1000, 1100, 2800, 3000 et 3200 (Programs & Samples), mais aussi de la MPC3000 (Samples uniquement). Loin de s'arrêter en si bon chemin, il accepte d'autre part les CD-ROM aux formats Roland et E-mu.

Toujours à propos de mémoires de masse, signalons au passage que l'appareil n'accepte pas de lire plus de 512 Mo, ce qui, notamment avec des CD-ROM pleins à craquer (soit une taille maximum de 650 Mo), privera l'utilisateur d'une partie des données. Signalons par ailleurs qu'à condition de l'inscrire au niveau du premier "volume" d'un disque dur réglé sur l'identificateur SCSI numéro 5, le système d'exploitation se chargera automatiquement à l'allumage du S2000, depuis ce disque dur. Un principe identique à celui de la plupart des ordinateurs...

Nous clôturerons ce paragraphe en mentionnant la faculté qu'a le S2000 de lire des séquences MIDI Files aux formats 0 ou 1 (il en chargera jusqu'à 50, pour un maximum de 300 Ko, ceci depuis des disquettes MS-DOS). Pour illustrer cette fonctionnalité, une séquence est livrée avec la machine...

Extensions diverses

Avant d'attaquer l'architecture du S2000, et autres paramètres d'édition, reste à dire deux mots de deux extensions : l'IB-304F et l'EB16. Pour 1 000 € TTC, ma première rajoute au sampler une troisième enveloppe et un filtre multimode (passe-bas, passe-haut, coupe bande, EQ). Des éléments que l'on trouvait déjà sur la seconde carte DSP du S3200, qui apportait dans le même temps une fonction DtD stéréo et une réverbération cumulable avec les deux autres effets de l'appareil. Toujours est-il qu'à ce prix, la carte s'arrachera comme des petits pains... rassis !

Nettement plus en adéquation, financièrement, avec les services rendus (440 € TTC), ma seconde est un multi-effets programmable. De deux traitements simultanés sur la série 3000, on passe ici à quatre, chaque Part d'un Multi (des notions décrites ci-après) pouvant être dirigée vers l'un de ces processeurs d'effets. Deux d'entre eux produisent de la réverbération, tandis que les deux autres combinent allégrement distorsion, égalisation trois bandes, modulation en anneau, modulations (phasing, flanger...), délai et réverb (plus modeste que les deux premières, évidemment).

 MESA
 

Partant du principe qu'on est jamais mieux servi que par soi-même, Akai a pondu un logiciel de gestion universel sur Macintosh dédié à ses échantillonneurs et DtD, le MESA (Modular Editing Software by Akai). A condition de lui fournir les modules idoines (un peu comme on charge les drivers correspondant à ses synthétiseurs dans un éditeur bibliothécaire universel), ce programme prendra en charge les samplers de la série 3000, les S2000, S3000XL, S3200XL, les Direct to Disk DR8, DD1000, DD1500...., auquel il se raccordera via leurs ports SCSI.

Qui plus est, non content de dialoguer avec ces différentes machines, il sait transférer des fichiers de l'une à l'autre. Ainsi, récupérer par exemple une prise DtD en provenance d'un DR8 pour l'envoyer à un S2000, ou réciproquement, est une opération des plus triviales. Les transferts ne se limitent cependant pas aux formats de la marque, puisqu'une fonction permet de convertir les fichiers Akai en fichiers Macintosh AIFF ou SD2, et vice versa.

Gracieusement offert avec les S2000, S3000XL et S3200XL (payant, pour les autres produits Akai), MESA se connecte donc à ces derniers en SCSI. Rien n'interdit d'intercaler des disques durs / optiques entre l'ordinateur et l'échantillonneur, qu'ils soient formatés S2000 ou Macintosh. Dans ce second cas, les échantillons s'y retrouveront directement stockés en AIFF ou SD2, sachant que de tels disques ne seront pas reconnus directement par le sampler (le MESA s'avère indispensable à qui souhaite exploiter des mémoires de masse au format Mac, pour par exemple recopier toute la banque SD2 d'un ami..).

Fonctionnellement, ce logiciel 'made by Akai' ressemble à un éditeur bibliothécaire, incluant des fonctions de type "base de données". En plus d'avoir droit à un splendide affichage des formes d'ondes, tous les paramètres de l'appareil édité apparaissent sur l'écran, à grand renfort de représentations graphiques : enveloppes, 'mapping' des Keygroups, câblage des modulations, choix de l'affectation d'un échantillon à un Keygroup par le biais d'une menu 'pop up', etc. L'amateur de "sur mesure" ne manquera pas d'apprécier la possibilité de se construire ses propres pages d'édition en sélectionnant les paramètres qu'il désire voir y figurer (fussent-ils de machines différentes : l'enveloppe d'un S3200XL, les panoramiques d'un DD1500...), puis en leur attribuant divers objets (potentiomètres linéaires, rotatifs, switches, etc.). Un procédé qui n'est pas sans rappeler la programmation des Mixer Maps Cubase.

En pratique, toute modification de la valeur d'un paramètre effectuée depuis MESA est immédiatement répercutée à l'échantillonneur ou au Direct to Disk, la manoeuvre inverse nécessitant d'activer la fonction Update du logiciel. Au rayon doléances, nous aurions aimé que l'écoute d'un échantillon édité ne s'effectue pas qu'au travers du haut-parleur du Mac (il eut été plus agréable de l'entendre par le biais du sampler ou du DtD), et que la modification d'un point de bouclage, par exemple, ne contraigne pas à renvoyer à la machine l'intégralité de la forme d'onde...

En dehors de ces points de détail, MESA apporte aux produits Akai d'appréciables fonctions de gestion / conversion, de même qu'une interface confortable, ce qu'adoreront sans nul doute les possesseurs de S2000. Quant aux programmeurs invétérés ou aux forçats de la tâche répétitive, ils ne pourront qu'être sensibles au fait que ce logiciel soit "scriptable" (c'est-à-dire conforme à AppleScript, langage de programmation de "macros" développé par Apple et destiné à automatiser les fonctions d'un logiciel compatible à ce standard)... Cerise sur le gâteau : la possibilité d'introduire un CD audio dans le lecteur de CD-ROM du Macintosh à des fins d'acquisition audio ! Qui plus est, les fonctions disparues du mode Edit Sample (join, extract...), seront sans doute implantées dans une prochaine version de MESA.

Edit Sample

A quelques détails près (si ce n'est l'apparition du mode Multi, détaillé à quelques encablures d'ici), le S2000 reprend l'architecture de ses grands-frères. Nous ne reviendrons donc pas en profondeur sur l'ensemble des paramètres de l'appareil, et vous conseillons, pour de plus amples informations, de relire les bancs d'essai des S2800, S3000, S3200 et CD3000.

Dans les grandes lignes, après avoir échantillonné, en mono ou en stéréo, en analogique ou en numérique (IB-304F requise, rappelons-le), on procédera à l'édition de l'échantillon : normalisation du gain, troncature, resampling, time stretching, etc. Par rapport à la série 3000, quelques fonctions se sont envolées : rescale (remise à l'échelle du niveau, dans une plage de +/- 50 dB), join (superposition ou juxtaposition de deux portions d'échantillons), extract, cut, shop (extraction d'une portion de sample, suppression, en conservant ou non l'espace laissé vide par cette suppression), etc. Dans un autre registre, de quatre boucles par échantillon, on passe ici à une, les trois autres étant par conséquent perdues lors de l'importation de Samples les utilisant. Par contre, pour faciliter le bouclage sur un seul cycle, une nouvelle fonction, Open Tune Loop, permettra comme son nom l'indique d'accorder la boucle.

Avec son LCD 2 x 16 caractères, parfaitement incompatible avec la visualisation de formes d'ondes, le S2000 ne se prête qu'assez mal à l'édition d'un échantillon. C'est une des raisons pour lesquelles Akai a développé le logiciel d'édition précédemment évoqué.

Edit Program

Si le mode Sample du S2000 se distingue de celui de ses ancêtres par de légères différences, le mode Program n'a pas bougé d'un iota. On retrouve un découpage vertical, au niveau Keygroup (constitué d'un à quatre samples assignés à des plages de vélocité susceptibles de se chevaucher, avec possibilité de crossfades, 'verticaux' donc), puis horizontal, au niveau Program (constitué d'un à quatre vingt dix neuf Keygroups, assignés à des plages de hauteurs susceptibles de se chevaucher, avec possibilité de crossfades, 'horizontaux' donc). Nous vous faisons grâce des innombrables paramètres associés aux Keygroups et Programs, suffisamment complets pour permettre une programmation souple et en profondeur.

En termes de 'synthèse', on rencontre un filtre passe-bas résonant, une enveloppe d'amplitude, une enveloppe multi-segments (assignable), deux LFO, ainsi, en option (voir ci-avant), qu'un filtre multimode (passe-bas, passe-haut, coupe bande, EQ) et une troisième enveloppe. Pour parfaire le tout, Akai a gratifié le S2000 d'un puissant système de modulation (APM, pour Assignable Program Modulation).

Vous avez dit multitimbral ?

Jusqu'à présent, la gestion multitimbrale vue par Akai, était un tantinet déroutante. La sortie du S2000 est un grand jour, puisque nos amis nippons lui ont rajouté un mode Multi plus en adéquation avec les standards actuels. Un pas en avant qui mérite d'être souligné et abondamment commenté...

Dans leur grande majorité, les appareils multitimbraux proposent deux modes de jeu : monotimbral d'une part (on ne joue qu'un son à la fois), multitimbral de l'autre (on en exploite plusieurs simultanément, que l'on assigne à différents canaux MIDI). Des modes que Korg nomme respectivement Programs & Combinations, Roland, Performances & Patches, Yamaha, Multis & Voices, etc.

CHAUD DEVANT !

Sans être aussi médiatiques que les stars du ballon rond, les "designers" d'instruments de musique électroniques passent eux aussi d'une équipe à l'autre. C'est ainsi qu'un dénommé Marco Alpert, ex-ingénieur E-mu, bien connu de nos services pour avoir contribué à la conception des ESI-32 et E-IV, s'est retrouvé chez Akai voici maintenant plus d'un an, au sein du 'team' S2000. Allez donc savoir pourquoi certains en ont déduit que notre ami n'était peut-être pas étranger au mode Multi de l'appareil (largement calqué sur la philosophie E-mu), ni à la chaleur des convertisseurs, allant jusqu'à définir le S2000 en trois phrases : 'La philosophie E-mu, le son E-mu, le prix Akai'. Sans prêter attention à ces bruits de couloir, nous avons néanmoins cherché à en savoir plus sur 'la couleur' de ce nouvel échantillonneur.

Pour ce faire, nous avons rendu visite à Alain Etchart, d'Univers Sons, l'un des spécialistes français en la matière. Voici ce qu'il ressort de notre entretien. "En tant que bêta-testeur du logiciel MESA, j'ai eu la chance de disposer d'un S2000 en avant-première, sans savoir, à l'époque, qu'il était équipé de nouveaux convertisseurs. Or, nul n'ignore que les sampleurs Akai ont toujours plus ou moins accentué les médiums / haut-médiums, ce qui confère aux sonorités cet aspect légèrement froid et métallique. Un phénomène flagrant sur le S900, encore présent sur le S1000, très léger sur la série S3000, et qui, sur le S2000, a totalement disparu de la circulation. Lorsque j'ai converti, sur Ensoniq, notre CD-ROM Akai consacré au JD-800, j'ai été surpris de l'épaisseur du son, de la largeur de la stéréophonie. Une impression, aussi subjective soit-elle, que j'ai retrouvée sur le S2000. Il me paraît plus large, plus équilibré, plus chaud...".

Résolument hors normes, Akai n'offrait jusqu'à présent qu'un seul mode, dit Program, servant à la fois de base à des exploitations monotimbrales et multitimbrales. Un concept caractérisé par l'étrange possibilité de renuméroter les Programs, plusieurs d'entre eux pouvant porter le même numéro. Ainsi, là où celui qui travaille en monotimbral n'a qu'à sélectionner le Program de son choix, celui qui opte pour une exploitation multitimbrale doit faire en sorte que tous les Programs utilisés (par exemple un piano acoustique, une basse, une batterie) portent le même numéro (par exemple le 1).

Ceci dit, en supposant qu'il veuille, lors des refrains, substituer au piano acoustique un piano électrique, notre utilisateur devra dupliquer les Programs de basse et de batterie, puis les renuméroter de façon à leur affecter le même numéro que celui du piano électrique (par exemple le 2). Pour automatiser le changement, il ne lui restera plus qu'à envoyer un message de program change 1 à chaque début de couplet (ceci sur un canal global à définir), et un message de program change 2 à chaque début de refrain.

Devant le côté peu ergonomique du procédé, Akai s'est donc rallié à la majorité. Ainsi, bien que subsiste le mode Select Program (renommé Single), ceci pour des raisons de compatibilité avec les banques de sons des autres samplers de la gamme, et pour ne pas contraindre l'utilisateur habitué à cette méthode à en changer, on trouve sur le S2000 un mode qualifié de Multi.

Tout à fait traditionnel, il se compose de 16 parts pour lesquelles on choisira le numéro de canal et le Program voulu, avant d'y associer les paramètres suivants : volume de la sortie stéréo, panoramique, choix de la sortie séparée et volume associé (cet écran n'apparaît qu'à condition que l'IB-208B soit installée), assignation à l'un des quatre effets et niveau d'envoi (cet écran n'apparaît qu'à condition que l'EB16 soit installé), accordage fin, transposition, tessiture, priorité (quatre modes de gestion en cas de dépassement de polyphonie).

Priorité au Multi

Les plus érudits d'entre vous n'auront pas manqué de remarquer que les paramètres que nous venons d'énumérer (exception faite de la tessiture), existent également au niveau du Program. Toutefois, ces deux mêmes'sets' de réglages, accessibles par deux chemins différents (Edit Single et Edit Multi), n'interfèrent en rien. Chacun conserve son indépendance, les paramètres du mode Multi se substituant à leurs alter ego du mode Single. En clair, un Program pourra par exemple sortir à droite toute en mode Single (paramètre Pan réglé sur R50), et à gauche toute, en mode Multi (paramètre Pan réglé sur L50).

L'avantage, dans ce second cas, réside dans la possibilité d'effectuer une sorte de mixage, indépendamment du son utilisé. Ainsi, pour avoir une basse à fort volume sonore, au centre de l'espace stéréo et avec un doigt de réverb, on programmera une Part en conséquence, pour ensuite y faire défiler tous ses Programs de basse sans avoir, pour chacun d'eux, à reprogrammer ces trois paramètres (volume, panoramique et effet)... En d'autres termes, le Multi permet de définir le rôle de telle ou telle Part, au sein de l'arrangement et/ou du mixage.

Pour plus de facilité, les autres paramètres d'un Program (affairant aux Keygroup, aux filtres, aux enveloppes...), que l'on édite théoriquement en mode Single, sont aussi accessibles en mode Multi. Cela évitera de zigzaguer entre ces deux modes pour changer une fréquence de coupure, une attaque, etc. On peut de ce fait éditer un Program dans un contexte de jeu multitimbral, c'est-à-dire sans avoir à quitter le mode Multi. Une propriété dont peu de générateurs de son disposent...

Malgré la puissance du mode Multi, on regrettera qu'une seule configuration réside en mémoire. Sur scène, par exemple, il eut été pratique de commuter d'un Multi à l'autre par simple changement de programme transmis sur un canal global, plutôt que de devoir charger ces Multis l'un après l'autre depuis la disquette ou le disque dur.

Restons au rayon program change, avec la possibilité de changer le Program d'une Part en transmettant un message sur le canal correspondant. A noter qu'en mode Single,où l'on peut donc affecter à un Program le numéro de son choix, il existe une option visant à renuméroter automatiquement et de façon séquentielle tous les Programs en mémoire (c'est-à-dire à leur donner les numéros 1, 2, 3... X). Une fonction appréciable pour exploiter des messages de program changes en mode Multi, puisqu'il convient, dans ce cas, d'éviter que plusieurs Programs ne portent le même numéro (ce qu'une exploitation multitimbrale en mode Single implique, par contre...).

Toujours est-il, pour en terminer avec les modes Single et Multi, que chaque méthode a ses partisans. Certains considèrent le mode Multi comme plus rationnel, plus intuitif et plus rapide (pour essayer plusieurs Programs tandis que tourne une séquence, ou pour faire défiler plusieurs Programs au sein d'un Part réglé sur tel niveau, tel panoramique...), là où d'autres préfèrent le mode Single (possibilité d'exploiter plusieurs combinaisons multitimbrales, et de passer de l'une à l'autre par envoi de program change...). Bref, félicitons-nous qu'Akai nous ait laissé l'embarras du choix.

Conclusion


En 1992, Akai nous avait déjà fait un coup similaire en sortant de son chapeau l'échantillonneur 16 bits le moins cher du marché : le SO1. Les voici donc qui récidivent avec le 32 voies le moins cher du marché. Concrètement, pour l'amateur éclairé, cette performance se traduit, par la possibilité d'accéder à une technologie jusqu'alors réservée à des plus fortunés ou à des plus professionnels que lui.

D'autre part, ce prix plancher n'a pas été atteint au détriment des caractéristiques, bien au contraire. Entre des possibilités d'extension non négligeables, une gestion multitimbrale sans égale et un logiciel d'édition gratuit, autant dire qu'on en a pour son argent. Enfin, fidèle à sa politique d'updates, Akai planche d'ores et déjà sur une version 1.3, avec au programme le 'rééchantillonnage' des sorties stéréo, sans repasser par les convertisseurs...

 S3000XL & S3200XL
 

Parallèlement au S2000, Akai sort des versions 'turbo' des S3000 et S3200, les S3000XL et S3200XL. Premier avantage de ces deux nouvelles 'bêtes de course' : le prix, soit 2 530 et 4 740€ TTC (à titre indicatif, les S3000 et S3200 coûtaient au départ 4 050 et 5 420€ TTC). Deuxième avantage : l'implantation du mode Multi...

Tout eXtra Large qu'il soit, le S3000XL a rétréci au lavage. Il perd une unité et hérite d'une face avant empruntée au S2800, écran graphique compris (240 x 640 points). A l'arrière, par contre, l'engin s'inspire du S3200. Avec huit sorties séparées, un port SCSI et une entrée / sortie numérique au format cinch, toutes les options 'connectiques' sont présentes dès le départ. Seules extensions possibles au S3000XL, qui comme le S3200XL, est équipé d'une fonction Direct to Disk stéréo : la RAM (2 Mo d'origine), l'IB-304F (deuxième filtre, troisième enveloppe), l'EB16 (quadruple processeur d'effets), la Flash ROM et le disque dur interne (524 Mo).

Quant au S3200XL, du haut de ses trois unités, il dispose des mêmes connexions que son petit-frère (les entrées/sorties stéréo sont ici doublées en XLR, tandis que les entrées/sorties numériques existent aux formats jack et fibre optique), intègre d'origine 16 Mo de RAM, l'IB-304F, l'EB16, de même, comme sur le S3200, qu'une carte SMPTE. Pour le 'gonfler' encore un peu plus, on y adjoindra si nécessaire de la RAM, de la Flash ROM, ainsi qu'un disque dur interne (ou magnéto-optique, au choix).

On n'oubliera pas non plus la disquette Akai Power Up Disk qui, déjà commercialisée pour la série 3000, offre une fonction d'égalisation des échantillons (elle autorisait également la lecture des séquences MIDI Files, ce que permettent d'origine les S2000, S3000XL et S3200XL ). Une disquette ? De nos jours ? Pourquoi diantre une disquette ? Tout simplement par manque de place, la ROM du système d'exploitation affichant complet.

CARACTÉRISTIQUES

  • Catégorie : Sampleur [Expandeur]
  • Rack : 19" 2U
  • Polyphonie : 32 voix
  • Multitimbral : 16
  • Ecran : LCD 2 lignes x 16 caractères
  • Conversion A/D : 16 bits suréchantillonné 64 fois
  • Traitement : 28 bits à accumulation
  • D/A stéréo : 20 bits suréchantillonné 8 fois
  • D/A individuels : 18 bits suréchantillonné 8 fois
  • Mémoire RAM : 2 Mo (extensible à 32 Mo) + 16 Mo de mémoire statique
  • Fréquences d'échantillonnage : 44,1 / 22,05 kHz
  • Nombre maximum d'échantillons : 255
  • Nombre maximum de programmes : 254
  • Paramètres : 32 filtres passe-bas -12 dB/octave résonants, 2 générateurs d'enveloppes et 2 LFO par voie
  • Portamento : mono et polyphonique
  • Lecteur de disquettes : 3"1/2 (DD et HD)
  • Entrées audio : stéréo en jacks 6,35 et XLR
  • Sorties audio : stéréo en jacks 6,35 et XLR
  • Sortie casque : jack 6,35 stéréo
  • SCSI : oui en 25 broches
  • MIDI : In, Out, Thru
  • Dimensions : 483 x 429 x 133 mm
  • Poids : 9,7 kg

Test réalisé par Christian Braut en octobre 1995 (Keyboards Magazine n°92)

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