DORIAND

Le grand bain, 3e album de Doriand sorti chez Mercury, jette un dernier regard sur cette adolescence que la vie nous oblige à quitter. Et il se trouve que le regard de Doriand qui, a priori, semble doux et gentil, s’avère être sans concession, à l’instar de ses idoles Alain Chamfort ou Etienne Daho…

Les années 80, notre personnage – parce que c’est un personnage – il les a adorés au travers d’artistes comme Lio, Niagara, Les Rita Mitsouko… Il en parle sans nostalgie aucune, mais au contraire avec beaucoup de force, d’admiration et de reconnaissance. En revanche… Je vous laisse découvrir la suite…

Comment et avec qui as-tu travaillé ce nouvel album ?
Je suis parti des mélodies de Peter Von Poehl qui, comme tous les Suédois, sont issus de la culture pop avec un grand sens mélodique. Donc, contrairement aux autres fois, je me suis pris au jeu d’essayer de mettre des mots sur des harmonies déjà existantes. J’ai rencontré Peter il y a 5 ans, juste après Sommet trompeur. Il m’a été présenté par Bertrand Burgalat qui peut-être ce soir-là aurait dû changer ses plans (!) parce que je lui ai un peu «piqué» Peter. La vie fait qu’on se rapproche ou s’éloigne de certaines personnes. Je remercie infiniment Bertrand parce que c’est probablement LA rencontre artistique la plus complète de ma carrière jusqu’à présent.

Non seulement nous avons entièrement réalisé Le grand bain tous les deux, mais au-delà de ça, Peter m’a énormément aidé dans ma reconstruction mentale durant ces 5 années. En effet, après les deux albums précédents qui, certes, ont eu un succès d’estime, j’ai peut-être été un peu blessé par le mépris ambiant. J’ai mis beaucoup de temps avant de revenir avec un nouveau projet.

Comment vois-tu ton évolution musicale au fil des trois albums ?
On se cherche au fur et à mesure, mais c’est surtout un parcours. Je me rends compte que je ne me reconnais pas dans le paysage musical français, dans une famille plus qu’une autre. Je ne me retrouve pas dans la nouvelle chanson française qui est probablement un peu trop… vieillotte. Pour moi, la chanson française aujourd’hui ne doit pas devenir une caricature de celle des années 50-60.

Je l’entrevois plutôt comme une pop métissée à la fois par la pop anglaise, suédoise… Européenne quoi ! Je ne me reconnais pas non plus dans la variété, la chanson underground «parisienne» où les textes sont souvent abstraits. Je suis un petit provincial de Bordeaux arrivé à Paris, et j’envisage la musique de façon un peu brute et frontale, loin de toutes ces étiquettes vers lesquelles on peut être attiré pour avoir un éclairage sur soi. J’essaye d’éviter ça.

Sur cet album, on rencontre Keren Ann, Alain Chamfort…
Quand je suis arrivé à Paris, j’avais 23 ans, j’ai eu besoin de recréer un contexte familial tout de suite. Dans mes disques, c’est la même chose. Le grand bain a quelque part été fait en famille. Peter est comme un frère que je n’envisage pas de ne plus avoir à l’avenir. Keren Ann fait partie de mon environnement amical. C’était important d’avoir tous ces gens réunis sur mon disque parce que ça avait un sens, parce que ce sont des gens qui sont impliqués dans ma vie. Un disque, c’est comme un album photos. Dans 10 ans, lorsque je le réécouterai, j’aurai envie de revoir ces instants comme des photos.

Quant à Chamfort, je l’ai rencontré il y a quelques années et c’est vrai que je n’osais pas lui demander de venir jouer du piano. Je ne savais pas s’il avait envie de jouer le rôle d’un musicien. Il l’a fait très gentiment, d’une part parce qu’il connaissait Peter, mais aussi parce qu’il aimait bien les chansons je crois. C’était un vrai clin d’œil à mon adolescence qu’il a bercée !

Si, en parlant de toi, on fait référence à Chamfort ou Daho, ça ne t’ennuie pas ?
Non, au contraire ! Ce sont des gens qui n’ont pas peur d’essayer des productions musicales un peu plus aventureuses, ce que permettaient les années 80, contrairement à aujourd’hui où tout est formaté. De plus, Duvall qui est le parolier de Chamfort est mon Mentor. Comme lui, j’adore écrire des choses plus teenages (NDLR. Toutes les femmes de ta vie des L5). Ce sont des artistes qui ont franchi des caps, échappé aux étiquettes tout au long de leur carrière. Je pense qu’on ne leur accorde pas encore assez d’importance. Je ne me prétends pas être autre chose que le relais de cette période-là.

Propos recueillis par Maritta Calvez en décembre 2004 (magazine MusicView n°1)

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