TANCRÈDE

À l’écoute de cet album éponyme, vous reconnaîtrez d’abord l’accordéon de Roland Romanelli. Vous serez également frappé par une voix grave qui sait raconter des histoires toutes aussi délicieuses, c’est celle de notre auteur-compositeur-interprète qui inaugure cette rubrique : Tancrède. Il est beau et intelligent, mais aussi et surtout talentueux et généreux.

« On comprend bien s’il est en retard constamment / Qu’il le soit aussi sur les musiques de son temps », extrait de votre chanson En retard. Avez-vous dû souvent justifier ce choix artistique ?
Cette phrase est une boutade, parce que c’est vrai que c’est quelque chose que j’ai entendu, qui n’est pas méchant d’ailleurs et qui m’a amusé. Il est vrai qu’il y a encore cinq ans, j’étais un ovni, mais avec cette vague de chansons à textes, les médias s’y sont faits ! Je ne suis pas le seul à promouvoir ce genre de chanson, j’ai des alliés qui proposent des chansons dont les textes sont plus écrits que dans la variété. En fait, on me le demande de moins en moins. De plus, le dire soi-même sur le ton de la dérision permet d’éviter que les autres s’y empêtrent. Je comprends l’impression qu’on peut avoir quand on n’a pas cette culture de chanson et que l’on écoute ce qu’il y a à la radio toute la journée. Je continue à faire quelque chose qui n’a jamais disparu. On a dit la même chose à propos de Juliette. Non, on ne ressuscite rien, c’est juste que certaines personnes ne le savaient pas parce que les médias n’y donnaient pas accès comme maintenant.

Parlez-nous un peu de votre parcours…
J’ai commencé le piano assez jeune. Très tôt, j’ai eu envie de marier des mots aux notes qui en sortaient, il me fallait chanter en même temps. J’ai donc écrit des petits textes très enfantins sur les musiques que j’apprenais, des classiques. Puis j’ai grandi, mes chansons sont devenues un peu plus sérieuses. Un jour, j’ai eu une quinzaine de chansons que je gardais très clandestines. J’étais très pudique et je me disais que cela ne pouvait intéresser personne. Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai décidé de faire un concert devant une cinquantaine d’amis qui ignoraient tout. Je les ai réunis dans une petite salle de spectacle près de chez moi, je me suis mis au piano et j’ai fait mon premier récital. A ma grande stupéfaction, non seulement j’ai adoré faire ça alors que je pensais que cela allait être un cauchemar et que j’allais quitter la scène au bout de deux minutes, mais les gens m’ont dit « c’est génial, il faut continuer ! ». J’ai attrapé le virus de la scène, organisé un deuxième concert avec les amis des amis et, de fil en aiguille, les dates se sont multipliées un peu partout en France. Les médias sont venus relayer tout ça et voilà ! Même si j’en mourais d’envie, cela s’est quasiment fait malgré moi…

Vous n’avez pas commencé dans l’optique d’aborder une carrière ?
Non, j’avais des chansons et j’ai eu envie de les faire partager comme ça, pour voir. Puis c’est devenu un déclic, un coup de foudre. Je me suis dit « Mais c’est pas possible ! C’est ça que j’aime, écrire des chansons, les faire partager en les chantant ».

Quel est votre rapport à l’écriture ?
C’est assez omniprésent. Je réfléchis toujours à un thème, une idée. En revanche, je n’écris pas tout le temps. C’est seulement quand j’ai une idée un peu avancée dans ma tête que je l’écris. Ça prend du temps. J’écris, je réécris, je déchire, je brûle, je m’énerve !

Faites-vous partie de ceux pour qui c’est une souffrance d’écrire ?
Quand ça ne vient pas, oui, c’est très douloureux. Quand les mots veulent sortir, mais qu’ils ne viennent pas, c’est un peu comme un accouchement, enfin… j’imagine ! En revanche, dès que la bonne idée arrive, on ressent un plaisir immense.

La composition intervient à quel moment ?
Avant, pendant, après, il n’y a pas vraiment de règle. Je peux avoir une musique écrite au piano et je cherche mes mots, avoir une phrase musicale avec une idée de texte et je construis la chanson autour de ça, mais je peux aussi bien écrire un texte en entier parce que je suis dans un endroit où il n’y a pas de piano ou parce que c’est un moment où je n’ai pas d’inspiration… Je n’ai pas de méthode.

D’où vous vient cette passion pour la chanson française ? Avez-vous été bercé par tous ces « maîtres chanteurs » ?
[Rires !] J’ai eu la chance d’avoir des parents très mélomanes qui m’ont fait écouter du classique, du jazz, de la variété, de la chanson française… Mais c’est elle qui m’a plu tout de suite, qui m’a inspiré et fait vibrer. Ça ne s’explique pas vraiment.

Et aujourd’hui, qui écoutez-vous ?
J’écoute un peu de tout parce que j’aime la chanson en général. Donc ça peut aller de Michel Polnareff à Manu Chao par exemple. Et bien sûr, tous les artistes d’aujourd’hui m’intéressent, j’aime beaucoup Bénabar, Juliette, Lynda Lemay… et les grands d’hier. Enfin… d’hier, ils sont toujours très présents dans les rayons et vendent très bien ! C’est aussi ce qui me fait rire pour en revenir à la première question, car que ce soit Brassens, Barbara, Brel ou Ferré, leurs ventes se portent bien, ne vous inquiétez pas ! Alors me dire « vous ressuscitez la chanson française »…

Qu’est-ce que cela représente pour un jeune artiste de travailler face à Roland Romanelli qui, rappelons-le, a travaillé 20 ans aux côtés de Barbara ?
C’est fou ! Mon manager, Guillaume de Lestrange, l’a invité, sachant pourtant qu’il ne va jamais aux concerts. Etant toujours sur scène, quand il a une soirée de libre, il la passe à autre chose. Mais il a dû être très persuasif car il a réussi à le faire venir ! A la fin du concert, j’étais dans la loge et la porte s’ouvre. Je vois entrer Roland Romanelli ! Les bras m’en sont tombés. Heureusement que je n’ai pas su qu’il était présent dans la salle, sinon, je crois que je n’aurais pas pu chanter. Il a été adorable, très simple comme le sont souvent les grands artistes. Il a été gentil, vraiment très abordable. Nous avons eu un bon feeling. On a fait des essais. Au début, j’étais un peu tendu, j’étais très impressionné par le personnage et me demandais ce qu’il allait en penser… Nous nous sommes revus, il a instauré une relation d’amitié, très paternaliste quand même ! C’est une merveille de travailler avec lui ! Je n’aurais jamais osé rêver qu’une chose pareille m’arrive.

Merci Guillaume !
Oui, merci Guillaume ! Récemment encore, quand j’étais sur scène au piano, j’ai levé les yeux et l’ai vu à l’accordéon qui m’accompagnait. Je me suis senti dans une espèce de rêve dont je ne me suis pas remis tout à fait d’ailleurs…

J’ai lu dans un article que vous prépariez une opérette sur la télévision. C’est exact ?
C’est plutôt une comédie musicale. Roland fera les arrangements évidemment ! Je travaille avec un metteur en scène extraordinaire qui s’appelle Stéphane Druet (Ta bouche). Il s’agit d’une histoire assez légère sur le monde de la télévision dont les neuf personnages sont un peu loufoques. Je n’ai pas totalement fini l’écriture, mais j’espère que nous pourrons commencer d’ici un an, un an et demi. Ce qui est amusant pour moi, c’est d’écrire pour des personnages et d’aborder des thèmes qui ne se prêtent pas à la chanson.

www.tancrede.com

Propos recueillis par Maritta Calvez en novembre 2005 (magazine Chanson Mag n°1)

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